Londres, Angleterre. Janvier 1775.
Ma tendre amie,
Comme il est dur d’être loin de vous. Voilà près d’un mois que j’ai quitté la France et je me languis de vous en cet endroit si austère. Mon arrivée en Angleterre c’est bien passé, rassurez-vous ; cependant ici tout ce qui peut être maussade est présent. De la population dont les principes et les plaisirs sont bien différents de ce que j’ai pu voir chez vous, jusqu'à cette atmosphère dont les nuages-même ne peuvent égayer mon humeur. Tout me parait triste en cette cour ; moi qui aime tant les bals, je ne suis guère comblé ici. Le roi Georges III donne très peu de fête et les courtisans ne semblent s’en préoccuper. Il est convenu que je reste trois mois dans ce pays, et je ne compte prolonger mon voyage plus longtemps que prévu. Je suis sur que cette cour vous déplairait ma chère ; vous qui aimez tant vous amuser !
Le seul plaisir que j’ai eu depuis mon arrivée sont les jeux ; la Reine en est féru et m’a invité un soir. Je dois vous avouer que je m’y suis amusé. Et voyant que cela m’avait plus, sa Majesté m’a de nouveau invité pour demain soir. J’ai hâte d’y être !
Mais bien entendu, rien ne vaut les soirées passées à Versailles en votre compagnie. Parfois le soir, une fois seul dans ma chambre, je me remémore ces moments passés avec vous et la tristesse m’envahit souvent. N’ayez crainte que je vous oublie ; vous êtes présente dans chacune de mes pensées.
Que sa Majesté se rassure mes études avancent bien, et je mis consacre grandement. Mes professeurs m’ont pour le moment beaucoup complimenté sur mon implication dans les études. Mon père m’a également fait part de son contentement, et m’a avoué être fier de mon engagement dans mon travail.
Mon cher père m’a aussi apprit une nouvelle que je vous annonce maintenant. Mon Roi, Gustave III de Suède, désire me voir intégrer le commandement de son armée. C’est un grand honneur qu’il me fait, et je compte accepter sa proposition dès mon retour chez moi. Imaginez que je suis là le plus heureux des suédois ! C’est le plus cadeau qu’on pouvait me faire. Vous savez combien réussir dans les armées est pour moi important ; avec ce poste je suis assuré de bientôt commencer ma carrière militaire.
Mais vous, ma douce amie, donnez-moi de vos nouvelles ; décrivez-moi la Cour. Est-elle toujours aussi agitée que le jour où je l'ai quitté? Comment se porte donc sa Majesté le Roi, votre époux ? Et la famille Royale ? Qu’en est-il de ma petite Madame Elisabeth ? Notre chère Mme de Polignac est-elle toujours aussi dissipée ? … Ô comme Versailles me manque, comme la France me manque ! J’ai hâte d’y revenir, pour profiter à nouveau des joies de la
cour et vous rendre visite.
J'attends avec grande impatience de vos nouvelles ma chère amie.
Très affectueusement,
Votre dévoué Axel.